Regards croisés sur les métiers du bâtiment et des travaux public
Jean-François Briand, ingénieur du bureau de contrôle Véritas
En tant qu’ingénieur du bureau Véritas, pouvez-vous nous exposer en quoi consistent votre rôle et vos fonctions ? Peut-être faudrait-il d’abord resituer l’intervention d’un contrôleur technique sur une opération de construction en général, et ensuite plus particulièrement sur l’Ecole Nicolas Hulot.
L’intervention d’un contrôleur technique sur une opération de construction est toujours faite à la demande du maître d’ouvrage. L’intervention d’un contrôleur technique peut être de caractère obligatoire, fixée par une loi, celle du 4 janvier 1978, dite loi Spineta. Ce caractère obligatoire s’applique à tout bâtiment qui reçoit du public et ceci, en fonction de l’effectif reçu.
De façon très générale, le contrôle technique est obligatoire pour tout bâtiment qui accueille à partir de 200 personnes et, s’il y a de l’hébergement, le quota passe à 20 personnes.
Dans le cas de l’Ecole de la Biodiversité et du fait de sa capacité d’hébergement (70 lits), l’établissement est classé par la préfecture en 4e catégorie et la présence du contrôleur technique est obligatoire.
Il y a d’autres cas où la présence du contrôleur technique peut être obligatoire sur une opération de construction, comme par exemple pour des immeubles supérieurs à 28 mètres ou qui présentent des structures ou des fondations particulières. Ça, c’est l’aspect légal.
Depuis de nombreuses années et même en dehors des cadres légaux, on trouve de façon quasi systématique la présence d’un contrôleur technique à la demande des assureurs afin de permettre de limiter les risques dans la construction.
On intervient sur des bâtiments publics, d’habitation ou de bureaux. Nous n’intervenons pas que sur du neuf mais aussi sur des projets de réhabilitation et parfois même de démolition pour s’assurer de la bonne méthodologie.
Nous intervenons également sur tout ce qui touche aux risques sanitaires : amiante, légionnelle dans installations sanitaires, plomb dans habitats anciens, diagnostic termites, état parasitaire, etc.
Enfin, nous intervenons également sur des ouvrages d’art (ponts), des ouvrages maritimes (quais, aménagement de plates-formes, etc.). Bref, tout ce qui relève de problèmes de structures nous donne la légitimité d’intervenir.

Dans la mise en œuvre de ces différents rôles, qui intervient et de quelle façon ? La mission de contrôle technique, telle qu’elle est décrite dans la loi, est l’examen de la conception et de l’exécution des ouvrages de construction. L’objet de cette mission est de contribuer à la prévention des aléas techniques susceptibles d’être rencontrés lors d’une opération de construction. C’est un objectif de prévention des risques, à la fois des risques techniques propres au bâtiment (structure, solidité, fonctionnement). Cela peut également s’étendre aux risques humains. L’APAVE intervient pour cela sur les risques du personnel travaillant sur le chantier.
Le déroulement d’une mission de contrôle technique commence dès le permis de construire. Celui-ci nous est soumis et nous en faisons une analyse critique objective par rapport à un référentiel pour vérification de la conformité aux règles de sécurité incendie. Ensuite, tout au long de l’avancement du projet, nous vérifions les prescriptions indiquées au marché pour le chiffrage des prestations par les entreprises, la conformité des plans, des appels d’offres sur le plan solidité et sécurité, ceci bien sûr en fonction des missions qui nous sont confiées et qui peuvent être variables d’une opération à l’autre.
Quand arrive le chantier proprement dit, nous vérifions les plans d’exécution qui nous sont soumis par les entreprises, la conformité des matériaux. Ces vérifications s’étendent tout au long du déroulement du chantier pendant les rendez-vous hebdomadaires ou bien en inopiné, pour s’assurer de la bonne exécution des ouvrages.

Le principe du contrôle technique existe-t-il dans d’autres pays ? La France était en avance de ce point de vue là et le principe du contrôle technique est de plus en plus présent dans différents pays européens notamment en Espagne, au Portugal, en Italie et en Allemagne.
Le principe de la garantie décennale entre progressivement dans les mœurs en Europe et ces idées font aussi leur chemin outre-Atlantique.
D’ailleurs et comme les référentiels français sont de bonne qualité, nous intervenons dans de très nombreux pays étrangers pour des opérateurs français qui investissent à l’étranger, ce qui explique qu’à l’échelle du groupe Véritas, nous soyons 16.000 salariés toutes branches et filiales confondues.

Avez-vous eu l’occasion d’intervenir sur des chantiers à l’étranger ? Pour le bureau Véritas, et à la demande d’opérateurs français, je suis intervenu sur des opérations de construction au Vietnam et en Thaïlande sans malheureusement me rendre sur place et j’ai eu de nombreux contacts avec la Hollande pour le contrôle de la construction d’un Center Park.
A l’échelle nationale, le principe de base est qu’il y a une à deux structures par département et nos interventions s’inscrivent sur ce rayon d’action.
A l’échelle de la région Bretagne, nous sommes leaders en matière de champ éolien pour des missions relatives à la solidité des structures et aux installations électriques.

Quel cursus et quelles formations avez-vous suivis pour exercer ce métier ? Pour recentrer sur un aspect légal, le contrôle technique est exercé par des organismes agréés par le ministère de l’Equipement et de la Construction. C’est dire que n’importe quelle entreprise ne peut pas faire du contrôle technique.
Ensuite, au sein de la maison, ce sont des personnes de niveau ingénieur ou technicien supérieur qui sont recrutées et pour certaines, de formation très spécialisée en matière de structure béton, charpente métallique, charpente bois ou de géotechnique.
En ce qui me concerne, j’ai passé une maîtrise de Sciences et Techniques travaux publics et maritimes à l’université de Nantes. Au fil du temps, suivant les besoins professionnels et s’il le souhaite, le contrôleur technique se spécialise au cours de sa vie professionnelle en sécurité incendie (qui nécessitera également un agrément spécifique), en acoustique, en thermique, en environnement (pour le respect du code des installations classées à risques, de la loi sur l’eau…), en électrique, en système de sécurité incendie, en gaz, etc., pour épauler les généralistes.
Sur l’Ecole, je suis le pilote du chantier mais je suis épaulé par un expert électricité, un expert en réseau de canalisations, un expert en clos couvert (étanchéité et solidité du bâtiment) et par d’autres spécialistes au gré des problèmes qui peuvent surgir.

Du fait de votre fonction et pour vous tenir au courant des évolutions techniques et réglementaires, vous devez être au fait de l’actualité ? La formation permanente représente une forte implication financière du bureau Véritas avec d’une part, la mise en place d’une veille réglementaire et d’autre part, le suivi régulier par tous les techniciens et ingénieurs de formations internes ou externes sur tout sujet particulier en liaison avec un bâtiment.

Au bureau de Vannes, combien êtes-vous ? Sur l’équipe de Vannes, nous sommes trois ingénieurs généralistes, un coordonateur CSPS (Coordination Sécurité Protection de la Santé), un expert en électricité, un thermicien et une assistante-secrétaire.

En dehors du chantier de l’Ecole, avez-vous d’autres activités, chantiers ou points d’actualité dont vous pourriez nous faire part ? Un ingénieur généraliste a en portefeuille 40 à 50 dossiers à suivre correspondant à des chantiers qui sont à des stades d’avancement différents. Nos interventions par exemple sur Vannes sont très diversifiées comme des bâtiments de transformation agro-alimentaire (viande, pêche), une grosse part de logements en promotion privée mais aussi des logements sociaux car le secteur géographique connaît un fort développement démographique et il y a nécessité de répondre à la demande. Qui dit croissance démographique dit mise en place d’équipements publics. L’équipe de Vannes est donc aussi en croissance pour pouvoir suivre les dossiers et chantiers qui nous sont soumis.

Concernant le chantier de l’Ecole, quelles difficultés ou quels intérêts rencontrez-vous à sa réalisation ? D’une façon générale, l’intérêt du métier est en rapport avec les difficultés rencontrées car ce sont ces difficultés techniques ou réglementaires qui rendent le métier intéressant et très diversifié. Il nous faut être constamment en phase avec l’avancement du projet, toujours disponibles pour répondre aux demandes des différents intervenants et en particulier du maître d’ouvrage et il faut être très vigilant sur l’examen des plans dès le permis de construire. Plus on intervient en amont du chantier plus on a de chances de limiter les impairs. S’il y a une impasse qui est faite au départ, on va la traîner tout au long du chantier au risque de créer des conflits alors que le maître d’ouvrage s’attend à disposer d’un bâtiment entièrement conforme. D’où la nécessaire vigilance à l’examen des plans et vigilance quant à la qualité de l’exécution des ouvrages. Il faut être d’autant plus vigilant au niveau des matériaux utilisés comme de l’encadrement que les entreprises font parfois de gros efforts commerciaux pour obtenir le marché. Bref, une vigilance à tous les stades de l’opération est de rigueur ainsi qu’une grande curiosité, c’est-à-dire aller à la pêche aux informations mais aussi savoir demander pour maîtriser les risques et minimiser les sinistres. Il faut générer en permanence du dialogue et de la concertation et au final, tout le monde – maître d’ouvrage, architecte, entrepreneur, contrôleur technique - a intérêt à jouer ce jeu-là pour livrer un bâtiment en parfait état pour les dix années couvertes par la garantie.
Un autre grand intérêt de ce métier est d’être au contact de tous les intervenants liés à la construction du maître d’ouvrage jusqu’à l’ouvrier et, sur le plan intellectuel comme humain, c’est très enrichissant.
Concernant plus spécifiquement le chantier de l’Ecole, c’est un beau projet sur le plan architectural mais cela reste un chantier techniquement classique et maîtrisable. Pour la démarche HQE, on a quelques références en France et c’est une idée qui va peut-être faire son chemin à commencer par la Bretagne.