Regards croisés sur les métiers du bâtiment et des travaux publics
Jean-Louis Le Malefan, conducteur de travaux chez EGC Ouest
Votre entreprise EGC Ouest intervient dans la mise en place des canalisations destinées à la station de lagunage de l’Ecole Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme, pouvez-vous nous exposer en quoi consistent votre rôle et vos fonctions ? Dans un premier temps, nous répondons à un marché public ou privé et, si on obtient l’affaire, ces travaux sont confiés à un chargé d’affaires appelé chez nous conducteur de travaux. Ce dernier prend en main leur réalisation non seulement au niveau des contacts mais aussi à celui des résultats, du suivi des travaux et du service après vente. Durant les travaux eux-mêmes, il est le lien entre la Direction de l’entreprise et les personnes qui, sur le terrain, exécutent le chantier ; il est aussi le référent de l’entreprise tant à l’égard du maître d’ouvrage qu’à celui du maître d’œuvre.

Quel cursus et quelles formations avez-vous suivi pour exercer ce métier ? Le cursus peut correspondre à différents profils suivant les entreprises. A titre personnel, j’ai un Bac+2 c’est-à-dire un BTS Travaux Publics. A l’issue de cette formation, nous apprenons le métier et ses termes techniques sur le terrain avec les chefs de chantiers et ceci pendant six mois à un an. Cela nous amène à être d’abord aide conducteur de travaux puis conducteur de travaux, conducteur de travaux confirmé, chef de service.
On peut aussi sortir d’une école d’ingénieurs comme l’INSA (Institut National de Sciences Appliquées, par exemple à Rennes) ou l’ESTP (Ecole Spéciale des Travaux Publics à Paris) qui est une des voies royales dans le secteur des TP. Les jeunes issus de ces écoles commencent comme aide conducteur de travaux et très rapidement, passent conducteur.
Dans le métier spécifique de la canalisation, une part non négligeable de l’évolution de carrière correspond aux preuves que l’on fait sur le terrain. Le cursus est important mais la pratique sur le terrain est encore plus fondamentale.

En dehors du chantier de l’Ecole, avez-vous d’autres activités, chantiers ou points d’actualité dont vous pourriez nous faire part ? EGC Ouest est aujourd’hui une entreprise de 250 personnes réparties en 3 sites : le siège social à Questembert (56), une agence à Ploemeur (56) et une autre agence à Nantes (44).
EGC Ouest intervient sur 2 pôles principaux : le métier de la canalisation, toutes canalisations confondues : eau potable, gaz, assainissement, eau pluviale, fourreaux et électricité, enfin tout ce qui existe en tuyaux ; et d’un autre côté, nous avons une branche qui s’occupe du génie civil des stations d’épuration, stations de traitement d’eau potable, l’ensemble est regroupé sous un pôle appelé génie sanitaire.
L’activité de l’entreprise EGC Ouest concernant les canalisations s’exécute essentiellement sur les départements de la façade atlantique, car c’est un vrai travail de proximité avec les collectivités et il ne faut donc pas être trop loin des problèmes que chacun peut rencontrer.
Au niveau du génie sanitaire, on peut s’éloigner un peu plus en fonction de la nature des chantiers ce qui est le cas actuellement de la station de traitement d’eau potable de la ville d’Angers mais on peut aller jusqu’en région parisienne ou en Normandie.
En terme d’actualité et un peu à l’image du chantier de l’Ecole, on vient d’achever en béton projeté au Zoo de La Flèche le futur bassin pour les ours polaires. On est également chargé de l’agrandissement de la station de traitement d’eau potable d’Angers ; c’est la seule et unique pour la ville et ses alentours qui sont alimentés par des conduites d’1,20 m de diamètre et il faut savoir qu’actuellement en 4 heures, Angers peut être sans eau ; dans ces conditions, c’est un beau challenge à relever ! Nous faisons aussi de l’assainissement sur la presqu’île de Rhuys et de la région vannetaise avec différents types de matériaux, nous travaillons sur une bâche d’eau potable à Concarneau, nous terminons des postes de refoulement du côté de Piriac et de La Turballe avec un temps très limité d’exécution avant la reprise de la saison touristique. Voilà quelques exemples, mais tous les jours cela change et le conducteur de travaux doit s’adapter constamment à ces changements. C’est un peu comme un caméléon, on s’adapte parfois deux à trois fois par jour en fonction des contraintes et c’est là le point fort de l’entreprise.

La mise en place des canalisations repose à la fois sur un travail de gros-œuvre et en même temps sur de la haute technologie. Pourriez-vous nous expliquer un peu comment se fait ce travail ? Sur ce chantier, on avait pour mission de raccorder les lagunes situées au point bas du Parc de Branféré jusqu’à l’Ecole Nicolas Hulot et ceci par gravité. C’est dire qu’à certains endroits, on est à plus de 3,50 m de profondeur.
A l’initial, le projet est dessiné sur un plan avec une cote altimétrique de départ et une cote altimétrique finale. Entre les deux, il y a sur le terrain 500 m qui les séparent et qui ne sont pas forcément visualisables d’un coup d’œil. Pour ce faire, il y a au sein de l’entreprise, une personne qui dispose d’une station totale (ensemble optique et informatique) et qui positionne son appareil en station sur un point fourni par les géomètres ; de ce point et du plan de projet que nous avons récupéré via Internet, on recalcule toutes les positions des différents regards comme pour la réalisation du point sur un bateau. Ensuite, nous repartons du point bas à côté des lagunes et de là, nous faisons le cheminement pour positionner les regards. Revenu au bureau de dessins avec les données récupérées, on ressort un plan d’exécution avec des cotes altimétriques du point de départ au point de livraison. En fonction de ces données, on recalcule les positions et le chantier peut démarrer. On atteint des degrés de précision quant à la pente qui est mise sur les tuyaux, puisque sur 500 m, on peut poser des tuyaux avec une pente de 0,0003 m par mètre, degré non atteint dans l’industrie. Je me demande même si on l’atteint dans le secteur de l’aviation. C’est un travail assez pointu sachant que la précision de la pose est obtenue finalement en enrobant le tuyau avec un lit de graviers. Cela suppose que la personne qui conduit la pelle, celle que l’on voit dans tous les chantiers de TP, soit guidée pour connaître la profondeur à laquelle il doit terrasser. Cela demande une grande précision dans le maniement de l’engin. La personne qui travaille au fond de fouille pour poser son tuyau, doit le guider précisément ; pour cela, il est aidé par un laser que l’on pose dans le regard aval ; le regard, c’est une sorte de cheminée verticale visitable à tout moment, avec un tampon en partie supérieure et qui vient toisonner au niveau de la chaussée. La personne qui pose les tuyaux vérifie la position de ce dernier par rapport à 2 ou 3 points de données, surtout quand nous posons de grandes longueurs à faibles pentes.
Aussi et malgré la perception un peu gauche du métier, de la gêne que l’on peut engendrer ou du danger potentiel, le personnel qui travaille sur ces chantiers a un vrai métier et un vrai devenir. Ce n’est pas un métier manuel basique mais un métier qui évolue énormément et qui est de plus en plus lié aux évolutions technologiques du moment.

Qui vérifie votre travail et comment cela se fait-il ? La vérification de notre travail se fait dans le cadre du contrôle qualité et du contrôle établi par le maître d’ouvrage. Ce dernier fait appel à une entreprise pour vérifier le travail réalisé. Elle vient avec un robot, cela ressemble un peu à une caméra endoscopique utilisée en chirurgie, robot qui fait 10 à 12 cm de diamètre reposant sur des chenilles qui transite à l’intérieur des tuyaux pour vérifier l’inclinaison de ceux-ci, l’absence de malfaçon de pose et l’étanchéité des réseaux posés. La pression atmosphérique est à peu près à un bar et la pression pour vérifier l’étanchéité des tuyaux est descendue à 0,4 bar.

Que se passe-t-il en cas de défaut d’étanchéité ? D’abord on visionne la cassette vidéo pour voir d’où vient le problème et son ampleur. On a alors 2 solutions qui sont discutées entre le maître d’œuvre et l’entreprise : soit on ouvre à nouveau la tranchée et on dépose puis on repose les tuyaux ce qui engendre une nouvelle vérification par la suite. Soit l’étanchéité peut être réparée de l’intérieur et on envoie alors un robot qui injecte une résine pour parer au problème d’étanchéité.

Concernant le chantier de l’Ecole, quelles difficultés ou quels intérêts rencontrez-vous à sa réalisation ? J’apprécie ce genre de chantier car on discute d’autre chose que de technique pure ; ici, il s’agit de se fondre dans l’environnement pour le perturber le moins possible.
La difficulté a été dans un premier temps de gérer le temps limité qui nous était accordé pour travailler hors des flux touristiques, soit 5 semaines en tout et pour tout entre fin février et début avril.
La contrainte n’était pas nulle puisqu’il s’agissait de traverser le Parc et donc de travailler avec les animaux à proximité des engins. Cela veut dire une grande vigilance lors de l’ouverture et de la fermeture des portes. Cela signifie aussi que nous devions nous assurer auprès d’Yves Philippot, le responsable animalier du Parc, que les animaux ne souffrent pas des vibrations et du bruit engendrés et que les personnes de l’équipe soient bien acceptées par ces mêmes animaux.
Nous pouvons dire aujourd’hui que le chantier s’est bien déroulé, et qu’on a même anticipé les délais de livraison ; l’intérêt c’est d’avoir partcipé activement à la réalisation de cet ouvrage et de percevoir par le maître d’ouvrage et le responsable du Parc leurs satisfactions sur le travail accompli. Tout cela est très réconfortant sur l’approche que nous avons eu du chantier et ces témoignages sont un hommage à tous ceux qui ont œuvré sur le terrain. Ceci dit, nous avons été avantagés par le temps qui était à l’optimum de ce que l’on pouvait avoir en cette période de l’année…