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Alors que la nature a réussi, en près de 4 milliards d'années, à transformer le chaos en vivant élaboré et prodigieux la biodiversité l’Homme s'octroie le luxe en quelques centaines d’années seulement de générer le phénomène inverse. Nous avons aujourd’hui sept fois plus d’impact sur notre environnement que nos arrières grands-parents.
Pollutions, réductions ou privations de territoires, exploitations aveugles des ressources naturelles ajoutées à mille petites agressions, ont mis l'univers du vivant au seuil d'une nouvelle grande extinction, la première d'origine anthropique. Son rythme est de 1 000 à 10 000 fois supérieur à celui qu'il serait sans notre tragique contribution. Une plante ou un animal s’éteint toutes les 20 minutes et les scientifiques estiment qu’un quart des espèces vivantes aura disparu d’ici 2050. L’ampleur de la catastrophe est telle, que le mécanisme de destruction gagne en vitesse sur le mécanisme de connaissance, puisque les chercheurs n’ont actuellement identifié qu’un peu moins de 2 millions d’espèces animales ou végétales vivantes, sur une estimation évaluée à 13 millions. “La bibliothèque de la vie brûle et nous ne connaissons même pas les titres des livres,” comme l’évoque si justement Gro Harlem Brundtland.
Les chiffres et les rapports s’accumulent, pourtant, nous peinons à nous mettre en marche pour arrêter le massacre. Victor Hugo disait : « C’est une triste chose de songer que la nature parle et que le genre humain ne l’écoute pas ». Force est de constater que, peu à peu, nos sociétés se sont désolidarisées du reste du vivant, érigeant un rempart entre l’homme et la nature. La notion d’êtres vivants s’est, au fil du temps, délitée pour laisser place à des perceptions confuses ou abstraites. Qu’est-ce que la biodiversité ? À quoi sert la nature ? Les réponses sont loin d’être évidentes pour bon nombre d’entre nous.
Pourtant, l’enjeu est immense ! Ne croyons pas que notre sort soit distinct de celui du reste du vivant... Penser que l’espèce humaine puisse seule tirer son épingle du jeu du désordre écologique annoncé serait une monstrueuse erreur d’appréciation ! Ce n’est ni la technique, ni l’industrie, si élaborées soient-elles, qui procurent à la communauté des hommes les biens et les services nécessaires à sa survie : l’alimentation, les médicaments, les matières premières de l’artisanat et de l’industrie, l’équilibre même de la planète... La nature est l’unique pourvoyeuse de ce monde fini que nous partageons. La valeur estimée des biens et services fournis par les écosystèmes équivaut à deux fois la valeur annuelle des productions humaines. Réduire la biodiversité, c’est se priver de l’indispensable...
Si le message est alarmant, il est nécessaire de ne pas céder au fatalisme. Ensemble, réapprenons à écouter la nature, à l’observer pour mieux la comprendre ! « Allons prendre nos leçons dans la nature », comme nous y incitait déjà Léonard de Vinci.
Dans cet esprit, les 19 et 20 mai, chacun est invité à célébrer le vivant sous toutes ses formes en participant à la Fête de la Nature. Pour la première fois, les Français pourront profiter de milliers de sorties et d’activités ludiques pour découvrir la biodiversité : une chance pour tous de faire un pas vers la connaissance et le respect. Partageant les mêmes préoccupations et la même vocation à sensibiliser pour changer les comportements, la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme et la Fondation de France poursuivent leur action commune en lançant, au cœur du domaine de Branféré, les premières Rencontres de Branféré. Après avoir ouvert l’Ecole Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme en 2004, nous avons souhaité proposer à tous un rendez-vous annuel, familial et convivial, et contribuer en Bretagne à l’envol de cette belle initiative.
Nicolas Hulot, Président de la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme
Francis Charhon, Directeur de la Fondation de France
Mai 2007
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